Compte-rendu : Séance Muscadet de Sèvre et Maine-Gorges

Séance Gorges pour Verticadet… et oui finalement nous n’avions jamais fait de séance dédiée au cru Gorges malgré les multiples verticales chez divers vignerons gorgeois. C’est désormais chose faite.

Pour rappel, les vins du cru du Muscadet « Gorges » sont situés sur des parcelles sélectionnées situés essentiellement sur la commune de Gorges. Quelques bandes de terrains débordent sur les communes limitrophes.

Ce qui fait la singularité des vins de Gorges c’est d’être situé sur des terrains de Gabbro. Le gabbro est une roche plutonique (comme le granit) qui contient les mêmes minéraux que le basalte… on pourrait dire que c’est la même roche sauf que le Gabbro a lentement refroidi avant d’arriver à la surface alors que le basalte a refroidi brutalement à la sortie des volcans. Ce caillou est réputé pour sa masse importante. Le Gabbro comme toute roche, s’altère au contact de l’air, la pluie, et les frottements…. En s’altérant le gabbro a la particularité de générer beaucoup d’argile (alors que le granit génère beaucoup de sable). Les parcelles du cru Gorges sont donc assez argileuses et le climat y est assez frais. Ce qui a conduit à des caractéristiques singulières en viticulture et en vinification :

  • d’une part les terrains de Gorges restent compliqués à travailler (labour) : les sols argileux deviennent compacts en cas de faible hygrométrie; tandis qu’un tracteur ne peut pas passer s’il y a trop d’eau. Les vignerons bios de Gorges méritent notre respect pour leur travail : c’est un des terrains les plus compliqués du vignoble nantais.
  • les sols argileux peuvent être fertiles. Un peu d’enherbement permet de réduire subtilement la fertilité de la vigne (mais pas trop non plus). Quelques vignerons s’y sont essayés.
  • qui dit argileux dit aussi qu’il faut éviter les sols hydromorphes. Pour évacuer les surplus d’eau, il est nécessaire d’avoir de la pente : toutes les parcelles du cru communal Gorges sont situées dans des zones en pentes (furent-elles légères). C’est impératif.
  • qui dit argileux dit une vigne régulièrement approvisionnée en eau. A ce titre, le léger stress hydrique qui déclenche la maturation des raisins est plus tardif. Donc ces terrains sont tardifs. Pour obtenir une maturité dans les standards actuels, il faudrait récolter relativement tard : ce que ne font pas les vignerons de Gorges (au contraire des vignerons de Mouzillon sur les mêmes terrains). Les vignerons de Gorges récoltent tôt et donc produisent des vins assez acides… même si le réchauffement climatique se fait aussi sentir à Gorges. C’est en comparant les millésimes 2000 aux millésimes 1990 qu’on s’aperçoit que les vignerons de Gorges vinifiaient du citron avant 2000 et qu’aujourd’hui, les Gorges se civilisent.
  • qui dit vigne régulièrement approvisionnée en eau dit aussi que les millésimes chauds comme 2005 ou 2009 qui peuvent être un peu mous dans d’autres endroits du Muscadet ont un superbe équilibre à Gorges.
  • qui dit vins assez acides dit à Gorges un usage d’élevages longs qui permet à l’acidité de se polir. C’est la deuxième face de la typicité… qu’il ne faudrait pas perdre. Car à Gorges, il faut prendre son temps. On a goûté les 2012 et ce sont encore des vins qui doivent se bonifier. 2010 commence à bien se goûter en revanche.

Les vins de Gorges, nous en avons encore eu la confirmation ce soir, sont des vins singuliers, rares, uniques en France et au monde. Certains de ces vins ne sont pas faciles à aborder pour des débutants. Ce sont des vins de grande gastronomie : les rares vins à supporter l’oursin et nombre de légumes d’hiver. C’est une part de notre patrimoine à préserver et à chérir.

Muscadet de Sèvre et Maine-Gorges, Domaine Michel Brégeon, Les Vigneaux 2013
Nez végétal, fougère, chèvrefeuille, vanille. L’attaque offre une matière assez consistante, et la bouche est vive, cinglante et tendue. C’est un équilibre citrique quand même assez perforant et il y a de beaux amers finaux qui structurent la finale. C’est un bon vin destiné plutôt à un public averti. Ici l’élevage, plus court que ce à quoi le domaine nous avait habitués n’a pas eu le temps de faire son travail de polissage. C’est un Gorges authentique dans son nez et son équilibre qui s’inscrit dans la lignée des vins du domaine. C’est un bel exercice sur un millésime 2013 pas nécessairement aisé. C’est un peu trop tôt pour le boire. Espérons que le vieillissement en bouteille compensera son élevage en cuve. Très Bien (1 point) – à revoir plus tard.

Muscadet de Sèvre et Maine-Gorges, Château Elget, Gilles Luneau 2012
Le nez est élégant où l’on sent des arômes fin et discret de fenouil. (fenouil cuit d’ailleurs. C’est moins romantique mais bon). La bouche est assez onctueuse, un peu beurrée qui le singularise. Gras, relativement vif, il présente des amers puissants sur lesquels s’appuie une belle longueur en bouche. Il faudra le regoûter plus tard. Bien ++ (4 points)

Muscadet de Sèvre et Maine-Gorges, Domaine Christophe et Brigitte Boucher 2012
Encore un joli nez net mais encore discret, fermé…ce que je trouve être une habitude chez les Gorges du domaine.  C’est un vin tranchant, très ciselé. Nettement moins d’amer que le précédent vin. Plus de gras et d’épaisseur n’aurait pas nuit toutefois. Bien ++/Très Bien (6 points)

Muscadet de Sèvre et Maine-Gorges, Domaine Auguste Bonhomme 2012
Nez réduit, odeur un peu dérangeante de boîte de camembert vide qui ne donne pas l’impression d’un nez super net… La bouche en revanche est très agréable. Riche, onctueuse avec une tension acide et amère bien intégrée au vin… en rétro-olfaction les arômes du nez reviennent et dérangent un peu. Je ne sais pas bien quoi en dire c’est un équilibre en bouche vraiment séduisant mais ce nez… bon disons .Bien ++ (0 points – une telle réduction est un peu discriminante)

Muscadet de Sèvre et Maine-Gorges, Domaine Martin Luneau 2012
Arômes boisés-vanillé comme il arrive souvent à certains Gorges même s’ils n’ont jamais vu de douelle. Un peu réducteur au nez toutefois. La bouche est fraîche, menthée, assez grasse et même enrobante. La finale est tranchante et vive. Assez peu d’amers. Longue rétro-olfaction. Un équilibre assez séduisant même si 2-3 ans de garde ne peuvent que lui faire du bien. Très Bien (2 points)

Muscadet de Sèvre et Maine-Gorges, Domaine Vincent Caillé 2012
Nez assez ouvert ou l’on retrouve en premier nez des arômes typiquement gorgeois (lierre, fougère, fenouil) mais au deuxième nez on distingue des notes plus pâtissières. En bouche, un léger Co² résiduel et surtout une bouche assez cuite, gourmande qui donne une sensation de maturité. La finale est marquée par un puissant arôme d’amande amère. C’est un vin moins vif, moins amer, plus rond… une bouche plus atypique. C’est un vin qui s’est singulièrement ouvert depuis la dernière fois ou je l’ai goûté. Très Bien (3 points)

Muscadet de Sèvre et Maine-Gorges, Château de la Gravelle, VGC, 2010
Le nez est ouvert mais très oxydatif. Bouche assez mure, CO², pas de longueur comme s’il y avait eu une fermentation malolactique dans la bouteille. L’ensemble fait très déséquilibré. Problème de bouteille ? J’ai décidément du mal à goûter un bon Château de la Gravelle. J’ai à chaque fois l’impression de goûter des vins qui on un pet de travers. Moyen (0 point)

Muscadet de Sèvre et Maine-Gorges, Damien Rineau 2010
Nez aromatique d’une rare précision. Chèvrefeuille, « mineral. Droit. Très Gorges. La bouche est fraîche, joli volume/épaisseur en attaque, bouche vive, précise, effilée. Un vin long tendu et claquant. Finale fumée. Sacré bel équilibre. Ce vin s’est superbement bien ouvert depuis la dernière dégustation. Très Bien ++ (11 points et vainqueur du collectif ex aequo ce soir)

Afficher l'image d'origine

Muscadet de Sèvre et Maine-Gorges, Gilles Luneau 2010
Un vin réducteur et même réduit. Boîte de camembert, animal presque bestial, rance. Le nez me picote. La bouche est assez tranchante sur un équilibre vif-amer. C’est un vin compliqué en l’état. Moyen/bien (0 points)

Muscadet de Sèvre et Maine-Gorges, Gille Luneau 2009
Les millésimes se suivent et ne se ressemblent pas chez Gilles Luneau. Certes les millésimes sont différents mais plus de régularité dans la vinification n’aurait pas nuit… Arômes plus tertiaires de caramel brulé, végétal, fumé, menthol. Bouche agréable. Jolie texture, bouche puissante et très tranchante, très vive. Une vraie structure gorgeoise. Très Bien + (3 points)

Muscadet de Sèvre et Maine-Gorges, Martin-Luneau 2009
Joli nez précis de fruits du verger avec une petite note de menthe. La bouche est assez cuite, enrobante. De beaux amers structurants, une vivacité bien équilibrée. Un équilibre assez gourmand. Du bon travail. Très Bien + (7 points)

Muscadet de Sèvre et Maine-Gorges, Denis Charbonneau 2009
Nez intense de fruit un peu cuit, mangue cuite qui lui confère un air autrichien. Fines notes herbeuses plus aériennes. La bouche est mure, fruit cuit, gourmand tout en étant magistralement tendue. Belle longueur aromatique. Très Bien ++ (11 points et 2e vainqueur du collectif ex aequo ce soir). Et on notera que dans l’ensemble le millésime 2009 offre des vins plutôt convaincants sur Gorges.

Muscadet de Sèvre et Maine-Gorges, Martin-Luneau 2001
Ce sera une gamme sûre et régulière que nous auront servi les frères Martin-Luneau ce soir. Le nez est végétal, herbe, chevrefeuille, menthe, puis des notes empyreumatiques plus caramélisées et fumées. La bouche est naturellement plus évoluée sur une structure vive, citrique, tannique assez peu d’amers. L’âge a un peu arrondi les angles. Très Bien

Muscadet de Sèvre et Maine-Gorges, Damien Rineau 2000
 Très joli nez empyreumatique avec des notes de champignon blanc, d’herbe et de fumée. C’est un vin très très vif, très citrique pas très gras ni très puissant. Typique mais un peu rude. Bien ++/Très Bien (1 point)

Muscadet de Sèvre et Maine-Gorges, Damien Rineau 1996
Nez de menthe, fruité, fruit confit. Bouche très très vive, la bouche se rétracte comme une huitre au contact du citron. Un vin très tendu, texture assez crémeuse. Public averti. Très Bien (4 points)

Compte-rendu : Séance Crémant de Loire

Cela faisait bien longtemps que j’avais envie de m’attaquer aux crémants de Loire. Il existe en effet de très nombreuses cuvées millésimées dans la Loire d’un rapport qualité-prix confondants au regard des grandes cuvées champenoises. Cela étant, ces belles cuvées de crémant de Loire sont très compliquées à trouver. Autant nombre de cavistes ont une petite cuvée de base de crémant de Loire pour tous les clients qui veulent un champagne sans en payer le prix, autant rares sont ceux qui osent  une cuvée d’élite de crémant de Loire au prix d’un champagne basique.

Même si nous avons demandés à certains domaines de nous expédier leurs belles cuvées, nous n’avons pas pu le faire pour tous et avons dû nous contenter des entrées de gamme chez certains domaines.

Tous les domaines n’ont pas de cuvée haut de gamme, loin de là. La prolifique demande internationale et particulièrement allemande n’incite pas les domaines à chercher la complication. Le crémant de Loire se vend bien et se vend cher pour un travail généralement assez simple (d’autant que la seconde fermentation et l’élevage généralement assurée par des sociétés prestataires). Dans ces cas, les parcelles des raisins des vins effervescents sont rarement les meilleures et la maturité visée est rarement aussi précise que les cuvées de vins tranquille. Toutefois dans la sélection que nous avons eu nous ne pouvons que constater un niveau globalement assez élevé des vins goûtés.

Pour cette séance, nous étions accompagnés par Théodora Lefort du domaine du Bois Mozé, Domaine qui s’enorgueilli du titre d’«un des meilleurs crémant de Loire que nous ayons goûté » du dernier guide Bettane et Desseauve. Forcément cela donne envie de goûter.

Crémant de Loire, Domaine des Bleuces, La Finesse, Exra-Brut
Le nez est grillé, la bouche onctueuse en attaque, légers amers, bulle moyenne, légers amers finale assez saline et rétro-olfaction empyreumatique. Bonne entrée en matière. Bien++/Très Bien (0 points)

Crémant de Loire, Domaine des Baumards, Carte Turquoise
Nez fruité, bouche très vive, assez précise ; légers amers. La bulle est assez forte. Légèrement envahissante. La rétro assez saline. Dans un style assez brut voire légèrement brutal, Bien ++

Crémant de Loire, Domaine du Bois Mozé, Tradition
Nez fruité, effervescence assez forte, sucrosité assez marquée, crémeux, assez vif salin. Dans un style plus civilisé qui plaît au groupe. Bien++ (10 points)

Crémant de Loire, Domaine des Varinelles (Daheulier)
Nez très « Chardonnay». Bulle un peu envahissante. Bouche très vive, très malique. Assez salin mais aussi très acide. Sensation de verdeur… j’aurais récolté plus mûr. Bien (1 point)

Crémant de Loire, Domaine de Bablut
Nez vineux. Arômes de cépages noirs. Fortement effervescent. Crémeux, salin et très sapide en fin de bouche. On en redemande. Un élevage long très bien géré. Très Bien (9 points)

Crémant de Loire, Domaine de Nerleux, L’Art des Loups 2012
Nez complexe ouvert assez grillé, herbe fraîche. Bouche très crémeuse, saline, poivrée. Sensation umami en fin de bouche : beaucoup de tempérament pour une réelle complexité en bouche. Très Bien++ (7 points)

Crémant de Loire, Domaine du Bois Mozé, Blanc Secret 2010
Nez intense, grillé, empyreumatique, noisette torréfiée. La bulle est élégamment crémeuse. La finale est longue. C’est un vin très structurée autour de son acidité et de sa tension acide ; Un vin très rectiligne qui devrait favorablement évoluer après 2-3 années de bouteille. Très Bien + (19 points – Co-vainqueur du collectif ce soir)

Crémant de Loire, Langlois-Château, Quadrille 2008
Nez très empyreumatique, évolué, bulle très fine, précise, très crémeuse, bouche juteuse, sapide et saline. Superbe expression. Très Bien ++/ Excellent. (16 points)

Crémant de Loire, Château Plaisance Cuvée 1500
Nez très tertiaire, fruits cuit, fruits très mûrs, un vin bien sec doté de puissants amers. Notes de Nuoc Man en rétro-olfaction. Un crémant puissant à marier avec une poularde. Très Bien (19 points – Co-vainqueur du collectif ce soir)

 

Mardi 17 janvier Bandol et Jeudi 19 janvier Vins du Pérou : places libres

Ce mardi 17 janvier 20h30, il y a deux places libres pour assister à la séance Libertivin dédié au vignoble de Bandol et présenté par Gregory Le Roux, prof d’histoire géo et Bandol addict.

Au programme de la festivité :

Domaine Tempier « La Migoua »  2013
Domaine Tempier « La Tourtine »  2013
Chateau Pradeaux 2011
Château Vannières 2011
Domaine de l’Hermitage L’Oratoire 2007
Domaine Lafran Veyrolles Longue Garde 2007
Tardieu Laurent 1998
Domaine Lafran Veyrolles « Tradition » 1998
Tarifs adhérent : 15€ – Non Adhérent : 20€
Contactez-moi si vous êtes intéressés.

Ce jeudi 19 janvier, Il y a également quelques places libres pour assister à la séance Vertivingstone dédié aux vins et Piscos péruviens présenté par Maria Cascon, importatrice et adhérente de l’association depuis quelques années déjà…

Avec la gamme de vin d’un domaine et divers Piscos de domaines variés.

Tarifs adhérent : 8€ – Non Adhérent : 15€
Contactez-moi si vous êtes intéressés.

 

Compte-rendu : séance Hongrie

Voici le compte rendu d’une séance Vertivingstone généraliste de vins hongrois pour une première approche de la Hongrie viticole au-delà du Tokaj. Les vins proviennent de l’incontournable caviste de Budapest Bortarsasag. Les rouges nous ont un peu laissé sur notre faim mais les blancs et les moelleux goûtés sont globalement solides !

 

GYÖRGYKOVÁCS IMRE
Nagy-Somlói Furmint 2013

Nez de coquille d’huitre, réducteur, assez chaud, salin, vif… on pourrait même dire tranchant et bien tendu Très Bien + (8 points)

BAKÓ AMBRUS
Badacsony, A Rózától Olaszrizling 2012

Fruit Cuit, Abricot, mangue fraiche; bouche très enrobante, cuite, ronde de glycerol, chaude… un vin puissant. Bien ++ (10 points)

BALASSA
Tokaj, Betsek Hárslevelű 2011

Nez assez vanillé, patissier ; bouche douce-amère très saline. Beaucoup de tempérament. Très Bien ++

BOCK
Villany, Kadarka 2015

Nez fermentaire, framboise, bonbon, bouche souple et fraîche. Un peu vif en finale. Un vin simple et gentil. Bien (0 points)

ETYEKI KÚRIA
Etyek-Buda, Pinot Noir 2014

Joli nez de pinot noir tendance fruit rouge issu d’une barrique à forte chauffe. La bouche est un peu sucrante, chaude, vive et amère. Bien (0 points)

KARNER GÁBOR
Tavasszal a Föld Kékfrankos 2013

Vif. Acidité volatile fortement dominante au nez et surtout en bouche (acidité mordante du vinaigre) Moyen. (0 point)

HEIMANN
Szekszárd, Bikavér 2013

Le nez « cabernete » : poivron grillé. La bouche est mure et agréable. Clairement le meilleur rouge (en même temps la compétition n’était pas trop difficile) Bien ++ (3 points)

GRÓF DEGENFELD
Tokaj, Édes Szamorodni 2013

Nez d’abricot, bonbon au cassis, crémé et sucré en attaque. Assez peu d’acidité. Pas très enrobant non plus. Bien (1 point)

N.A.G.
Matrà, Hanna Cserepesi Sárgamuskotály 2011

Nez terpénique, floral, la bouche est dense, compacte et riche. La finale est un peu chaude. Très Bien (16 points)

OREMUS
Tokaj Aszú, 6 Puttonyos 1999

Nez de café, d’abricot sec un peu grillé. La bouche est très enrobante, très compacte, joliment vive et bien tendue, une acidité sur la peau d’abricot mâchonnée. Très Bien ++ (22 points et vainqueur du collectif ce soir)

Compte rendu : Exercice Jury Nez / Jury Bouche

Nous retrouvons un Compte-rendu de Jean-Luc Poignard et son chatoyant langage sur la séance Salivertivin du 6 décembre dernier.

Nous nous retrouvâmes ce Mardi 6 décembre à 20h30 pour notre nouvelle séance de groupe avec Salivertivin.

Prologue : Nous devions accepter d’être enrôlés comme Jury sur une sélection de vin du Rhône Sud (appellations variées) blancs et rouges. Mission nous fut confiée, par Jocelyn de noter chaque vin sur une échelle de note allant jusqu’à  20, sachant qu’en général les notes allaient de 13 à 20 dans les guides. Cela nous parut d’abord simple, en apparence, mais en réalité ce fut bien plus compliqué. Car en effet, la note fut coupée en deux. Une table eut à noter les nez des vins tandis que l’autre eut à noter les bouches. Les dégustateurs de cette dernière table furent munis de pince-nez de piscine fort inconfortables ce qui nous fit redécouvrir, pour certains dégustateurs, l’extrême générosité de la nature en matière d’appendice nasal. Nous fîmes une moyenne par table, puis une fois la note attribuée, nous eûmes le droit de goûter intégralement le vin. Pas si simple !

Chapitre 1  LES BLANCS:

J’étais à la table des « Bouches » pour la première partie, affublé de la pince en plastique sur mon tarin obstrué. Le vin numéro 1 était un blanc, un Lirac classique du Domaine La Rocalière 2015. Il faut avouer que mes capteurs sensoriels eurent peu à révéler,  car hormis les aspects basiques de types sucré/acide/fruité/alcooleux/amers/perlant ou marqué de CO2, nos langues restaient muettes sur le reste. Ainsi pour ce vin la sucrosité était peu marquée, l’acidité plutôt présente tandis que les amers et un aspect alcooleux pointaient leur petite mine en catimini. Toute notion d’arôme précis disparût, ne nous laissant que de maigres indices d’appréciation, et une forte frustration face au vide, comme lorsqu’un rhume vous gâte le palais au restaurant. Je notai, puis je goutai ; le vin obtint la moyenne de 14.25 en bouche et seulement 13.7 en nez. Mais l’écart d’un demi-point me parût peu élevé, ce qui me souligna la cohérence du contenu du flacon ainsi que celle du jury.

Pour Le vin numéro 2, nous reçûmes dans nos verre un viogner cuvée les Dames Blanches du Domaine de Grangeneuve  2015. Nous sirotâmes, grumant le liquide à loisir et le faisant tournoyer dans notre palais en quête de sens. Langue ma chère langue ne vis tu rien venir ? Et bien si : très peu de sucre, une acidité discrète, des amers longs et délicats surmontés d’une note beurrée. Le vin sembla gras et musclé, marqué par un alcool plus intense que le précédent. Affichant un CO2 présent avec un côté perlant auquel je n’avais pas prêté attention au début. Nous nous prononçâmes l’un après l’autre, l’un d’entre nous calcula et le vin obtint la moyenne de 14.625 en bouche atteignant tout de même 15.1 en nez.

Le vin numéro 3 n’eut pas de chance et notre palais non plus. Nous séchions et restâmes silencieux plus qu’à l’accoutumée. L’affaire était trouble, comme la robe. Pas de saveur sucrée, ni d’amertume, ni de gras dans ce Clos de T A.O.C. Ventoux Bio – Blanc 2013 qui affichait une teneur en alcool moyenne. En conclusion 11.8 en bouche et 13.7 pour les nez.  Dans notre groupe, le nez nous parut oxydé et réduit avec des notes de pommes blettes. La bouteille était elle seulement défectueuse ?

Chapitre 2

Nous passâmes aux ROUGES et changeâmes de rôle. Finis les pinces nez, enfin nous allions pouvoir nous dégager narines et gagner en précision sensorielle !

Le vin Rouge numéro 1 était une pure Syrah de 2014,  parfumée de poivre et d’un peu de menthol, de fruits rouge comme le cassis et la mûre, des accents de romarin, une note sanguine et une minéralité affirmée, structurante comme marqué par la présence du fer. La cuvée S d’Orgamic du Domaine Orgamic en I.G.P. Vaucluse nous offrit des promesses de plaisir buccal à venir… oui, mais il fallait se débarrasser des habitudes et noter d’abord. Estimations et calculs donc. Ce qui, pour les sans nez, lui donna un ensemble à 15.5/20et indiquait que le jury avait apprécié. Mais aussitôt goûtée, la bouche du vin nous paru tannique et asséchante comme issue d’un jus marqué par une sècheresse surprenante, manquant peut être d’un peu de maturité ou simplement de temps pour se fondre dans son flacon. N’était-il pas logique que nos collègues de bouche lui assènent un 13. Que se passait-il ? Avions-nous été enivrés par les vapeurs de cet IGP Vaucluse au point de devenir trop sévère?

Le vin Rouge numéro 2, un vin issu du Domaine La Roubine – AOC Vacqueyras – Rouge Bio 2014 nous ramena à la réalité de notre jugement. La robe était plus sombre ; Il s’en dégageait un fruité mûr, une plaisante complexité qui nous rappela un souffle de vent caressant la garrigue. Les dégustateurs bouche notèrent à 14.5.  Nous appréciâmes cette minéralité aux accents sanguins mais extrêmement bien fondue tellement que 16.2 fut la moyenne de notre groupe, cette très bonne note prouva que nos sens ne nous avaient pas quittés.

La bouche confirma notre odorat, les arômes s’étirèrent en longueur finissant sur des amers qui nous indiquèrent qu’un temps de garde supplémentaire ne saurait nuire à cette jolie bouteille afin de laisser ses tannins se fondre. Patience …

La Ferme Saint Martin en AOC Beaumes de Venise Rouge avec la Cuvée Saint Martin Bio 2014 à la robe sombre légèrement trouble aux reflets violines nous fut présentée comme Le vin Rouge numéro 3. Le nez exhala les épices, des notes animales qui lui donnaient un caractère plus serré. Le vin semblait avoir conservé les qualités d’un jus de base épicé. Le nez donna son verdict à 14.37 de moyenne sous évaluant légèrement par rapport à la bouche à 14.7 sur 20.

Puis vint la Cuvée Marie Louise du Domaine des Gravennes AOC Côtes du Rhône 2013 au nez à la note de 15.25 et la bouche 13.5 sur 20. Des parfums qui reflètent un fruité équilibré doté d’une note compotée, à la trame bien faite. Une pointe sanguine conversant doucement avec les oranges sanguines, une certaine profondeur  aux accents de garrigue. En bouche l’acidité se montre vive, fraiche et marquée, reste sur les oranges sanguines mais tirant sur l’amertume. Il y eut peu de rondeur dans ce verre ce qui expliquait notre écart de note.

Pour le vin Rouge numéro 5, le Côtes du Rhône Remejeanne Terre de Lune 2013, nos verres devinrent aussi opaques que des encriers et leur contenu nous entraina vers un nez complexe mêlant des arômes de plusieurs familles lui donnant une note 15.56 sur 20. Un vin travaillé par un élevage en fûts. Des fruits mûrs, un caractère rustique. Les bouches testeuses lui donnèrent 14.5.

Pour moi, la bouche était ronde et agréablement alcooleuse, exprimant le résultat d’un beau travail et la valeur d’un vin gras aux tannins souples qui tient ses promesses.

Le Domaine de l’Amandine – AOC Rhône Villages cuvée La Montagne 2012 sortit en vin Rouge numéro 6. Sa robe plus limpide qu’au verre précédent et son premier nez très plaisant sur des notes florales, épicées et fruitées nous exprimèrent beaucoup de charmes et nous donnèrent une véritable envie de le goûter ce qui se traduisit par un 16.18 tandis que sa bouche seulement à 14.5. Un vin qui pourtant nous donna faim, suscita l’appel de notre belle gastronomie et de ses bonnes choses sur la table. Les arômes de cassis et de mûres additionnés à un parfum de violette en firent à nouveau un vin prometteur. Nous décelâmes aussi sa minéralité lui amenant une structure charpentée mais digeste.

Nous atteignîmes le vin Rouge numéro 7 au nez noté 17.56 sur 20 de pruneau de confiture, de réglisse, et d’épices cachées dans sa robe épaisse et brune. Un  Châteauneuf -Du-Pape cuvée CLOS DU MONT OLIVET millésime 2010 qui instilla sa puissance terreuse, flirtant avec une bouche marquée par des arômes de cacao et de caramel. Mais point trop de sucrosité ne se dénota dans ce vin là ! L’équilibre faisait la loi. La moyenne de bouche à 16/20 nous fit prendre conscience que le niveau de gamme s’élevait petit à petit vers les sommets.

Avec les arômes un peu moins marqués du vin Rouge numéro 8 et malgré sa robe rouge très épaisse nous fîmes la rencontre avec un ensemble étonnant, finalement plus souple, d’une maturité prononcée mais sur un vin au caractère sensiblement moins évolué. Paraissant plus jeune, la prune et l’orange sanguine se mêlaient au cassis et à la mûre. Le Châteauneuf -Du-Pape du Domaine de la Janasse 2010 eut un 15.62 par notre groupe et 15.55 par le groupe de bouche. Bouche que nous trouvâmes d’un bel équilibre conservant toute la fraîcheur du fruit, arguant d’une belle trame qui faisait la part belle à l’acidité, aux tannins plaisants et à une fine sucrosité.

Cette Cuvée Des Consuls en 2007 du Château Les Eydins en A.O.C. CÔTES-DU-LUBÉRON – arriva en conclusion d’un exercice étonnant mais passionnant et récolta la note de 16.87 en nez, légèrement en deçà de sa note de bouche à 17.4 sur 20. Avec sa robe aux reflets légèrement bruns et après son approche en premier nez fruité, sanguin à la minéralité présente et finement métallique, ce vin partit vers des nuances de viande et une compotée de prunes vraiment très sucrée.

Sa bouche tirait vers des indices cacaotés, un peu caramélisés. Les tannins étaient assez souples, l’acidité toujours présente lui donnant une assez belle longueur.

Or ce n’était pas tout à fait fini car à partir de notre expérience du soir, Jocelyn nous proposa de faire une proposition supplémentaire, celle d’associer la photo des vignerons correspondant aux vins que nous avions goûtés… pour vérifier si nous étions de vrais « Vinyonomistes ». Ce qui ne s’avéra pas le cas pour moi ni pour mes comparses les plus proches dont le score fut proche de zéro. Comme quoi si l’habit ne fait toujours pas le moine, on ne peut juger des vignerons et des vins que par la vigne et non par la mine.

 

Jeudi 8 décembre : Université Sur Lie à la Frémoire sur les Crus communaux du Muscadet

Pendant que le groupe Découvertivin aura sa leçon de géographie du vin salle du Pressoir, l’Université sur Lie organise en salle de dégustation un atelier dédié aux nouveaux crus communaux en pays Nantais. Vous y retrouverez naturellement Romain Mayet et Jean-Baptiste Moulènes ainsi qu’un lot de vignerons dynamiques et sympathiques.

C’est à 20h

crus-com

Compte-rendu : séance Toro

Les vins de l’appellation espagnole Toro ont offert une séance assez séduisante. Globalement les vins que nous avons goûtés sont des vins de garde qui gagnent à s’ouvrir. Bien sûr comme sur la majorité des rouges espagnols nous avons des élevages assez marqués mais la qualité de l’élevage est globalement très élevée ce qui permet d’éviter des tanins de bois trop séchant. Le Toro typique semble (sur cette série en tout cas) être marqué par un tanin ferme et parfois un peu rude sur de jeunes vins. C’est un vin qui peut être marqué par un caractère seveux qui est bien équilibré par une acidité qui tend bien la finale avec le temps et rafraîchit le vin.

Toro, Teso la Monja, Almirez 2013

Nez assez précis. Fin boisé : cèdre, bois noir, Santal. La bouche est bien structure. Un peu rudement appuyée par le tanin de bois. Vivacité assez intense et presque un peu déconcertante. Note de scierie en fin de bouche. Bien ++ (5 points)

Toro, Dominio del Bendito, Las Sabias 2012

Nez assez élégant, fruité, chocolaté. Bouche assez séveuse, sanguine. Tanin strict, sévère mais assez fin. De bonne garde. Très Bien+/ Très Bien ++ (10 points)

Toro, Quinta Quietud 2012

Elevage assez marqué au nez mais surtout en bouche. Le tanin est assez travaillé, plus enrobé que le vin qui a précédé même s’il est plus collant en bouche. La fin de bouche offre une acidité rafraîchissante. Rétro-olfaction boisée mais cela reste un bois élégant. Bien ++ (4 points)

Toro, Bodega Vetus 2010

Le premier nez est un peu réduit : légèrement animal. Des notes de coco, de bois humide s’ouvre sur des notes florales. Le tanin est ferme. Très marqué ; puissant. Je ne dit pas qu’il ne soit pas intéressant plus tard mais pour l’instant le tanin est un peu rêche. Bien + (4 points).

Ribera del Douero, Alonso del Yerro 2011

C’est un pirate… je pensais avoir pris le Toro du même domaine et je me suis trompé…

En tout cas ce vin offre une réelle singularité par rapport aux vins qui ont précédés. Notes de thym au nez, bouche suave et fruitée. Moins tannique, moins fruité mais plus équilibré, plus rond malgré un tanin assez serré. Très Bien (3 points)

Toro, Tardencuba, Autor 2008

Joli nez ouvert fruité, garrigue. Il n’offre pas une grosse chair mais il est frais, salin. Le tanin a sans doute été assez extrait. L’âge a l’air de faire du bien aux Toro… Très Bien + (13 points)

Toro, Numanthia 2012

Joli nez : assez discret au début, il offre ensuite des arômes d’un fût de très belle qualité. Le tanin est très ferme, serré, soyeux. Vif en rétro-olfaction. L’effet successif mériterait qu’on le goûte avec un peu plus d’âge pour se faire une juste opinion de ce vin. Très Bien (18 points)

Toro, Pintia 2010

Nez floral qui offre des notes de fût plus espagnol (plus américain sans doute pour être précis). La bouche est joliment suave, enrobée. Le tanin est très fin, très poudreux. Bien tendu sur son acidité en finale. Pas très aromatique en rétro-olfaction… C’est mon vin préféré même s’il n’a pas la rudesse un peu caleuse habituelle des vins que nous avons pu goûter jusqu’alors. Il est peut-être un peu moins typique/ Très Bien ++ (4 points)

Toro, Telmo Rodriguez, Pago La Jara 2010

Nez de garrigue, frais. La bouche est très sanguine. Le tanin est serré et ferme. C’est un vrai tanin de raisin concentré. Une sensation moins boisée que dans les vins qui ont précédé. C’est un vin plus austère, plus amer aussi que les vins qui ont précédé. Mais dans un sens un vin peut être assez « authentique ». Très Bien (14 points : vainqueur du collectif ce soir)