Compte-rendu : le sauvignon gris ou fié gris en pays nantais

Voici le compte rendu d’une séance dédiée au cépage Sauvignon gris en pays nantais.

Tout d’abord,voici un petit mot de Guy Saindrenan qui nous a fait une petite recherche sur le cépage :

Le fié gris est un autre nom du sauvignon gris, cépage assez peu répandu aujourd’hui, dont le berceau d’origine pourrait être le Poitou car il y est connu sous le nom de « Surin du Poitou »[i]. Cette origine n’est pourtant pas certifiée (mais c’est le cas le plus fréquent !) car le sud-ouest prétend aussi en être le berceau au même titre que celui du sauvignon blanc [ii]. Dans son Manuel du Vigneron, le comte Odart, dans le paragraphe qu’il consacre à l’énumération des cépages les plus cultivés, précise à propos des sauvignons[iii]:
…les trois sauvignons, dont l’un est rose ; dans la vallée de la Loire et celle de la Vienne, ils sont connus sous le nom de Surin et de Fié.
Pour l’ampélographe du XIXe siècle, le sauvignon rose désigne le fié gris et, en outre, fié et surin seraient donc des noms génériques des sauvignons. Dans l’ouvrage qu’il consacre au vin, Schmutz nomme le cépage Surin-Fié [iv].

Le fié gris ou rose, c’est selon, résulte d’une mutation spontanée du sauvignon blanc. En France, ce cépage n’occupait plus que 10 hectares en 1958 ; en 2011, il occupe 660 hectares répartis sur le Poitou, la Touraine, le pays nantais, l’Yonne (Saint-Bris-le-Vineux), le Bergeracois et le Bordelais. Ailleurs en Europe, on le trouve aussi en Allemagne et en Bulgarie.
Aujourd’hui des ampélographes et des généticiens s’accordent à placer le sauvignon dans le groupe éco-géographique des cépages en provenance de l’Est.[v]

Dans la vallée de la Loire, il semble d’implantation ancienne puisque Ronsard, s’exprimant sur le vin du château de Prépatour (commune de Naveil, Loir-et-Cher) écrit[vi] :
C’était le même que le vin de surin.

et avant lui, dans Pantagruel, Rabelais énumérait des raisins de Touraine dont les « fiers » qui sont vraisemblablement les raisins du fié actuel :
Car notez que c’est viande celeste manger à desjeuner raisins avec fouace fraiche, mesmement des pineaulx, des fiers, des muscadeaulx, de la vicane, et des foyrars pour ceulx qui sont constipez de ventre…

Guyot mentionne encore sa présence en 1861 dans ce qui constitue aujourd’hui l’aire d’appellation « Côteaux du Vendômois ». Il est également mentionné dans le vignoble orléanais au début du XXe siècle, où il est dénommé « Blanc fumé » ou « Sauvignon jaune »[vii]. Quand est-il arrivé en pays de Retz ? La question demeure sans réponse certaine mais on peut quand même noter que les auteurs du XIXe siècle qui se sont exprimés sur la viticulture de la Loire-inférieure n’ont mentionné que deux cépages : le melon et le gros-plant. Il paraît donc assez probable que le fié gris soit arrivé après la crise phylloxérique, c’est-à-dire au cours du XXe siècle ou alors, l’aire consacrée à sa culture était trop réduite pour qu’il fut visible…

La dégustation s’est clairement divisée en deux catégories : les vins récoltés à peu près mur et ceux qui ne sont pas récoltés mur. Dans l’ensemble le groupe de dégustateurs a exprimé une certaine lassitude du profil de sauvignon gris très vert, acide… arômes de genêt, de buis vert en un mot comme en cent : de 4-mercapto-4-méthylpentan-2-one. Qu’est-ce qui incite à récolter des Sauvignons gris aussi verts ? Est-ce la peur de la pourriture grise ? …puisqu’on sait que le cépage y est sensible… Est-ce un effet de mode ? Quel est l’intérêt d’avoir deux cépages si on fait du blanc avec du gris ? Un Sauvignon Gris pas mur ressemble comme deux gouttes d’eau à un Sauvignon blanc pas mur. Par contre il me semble qu’un Sauvignon Gris mur offre des perspectives différentes d’un blanc mur…

De ce fait j’ai moi aussi tendance à trouver les expressions bergeracoises du Sauvignon Gris plus réjouissantes que celles du Pays nantais. Cela ne veut pas dire qu’il n’y ait pas de bonnes choses. J’ai dégusté les vins seul après le groupe dans un ordre différent et j’ai fait une deuxième dégustation un jour après pour confirmer la première. Comme d’habitude, mes appréciations varient de Moyen/Bien/Très Bien/Excellent/Grand Vin et celles du groupe sont la synthèse de 3 points attribués aux 3 vins préférés par chaque personne (entre parenthèse). Revue de détail :

IGP Val de Loire, Domaine du Moulin de la Touche, Sauvignon Gris 2016
Arôme de Sauvignon, buis, vert. Attaque assez grasse, bouche très acide, verte. C’est un type classique variétal à vinification bien maîtrisée que nous allons souvent rencontrer. Bien (3 points)

IGP Val de Loire, Domaine du Sillon Côtier, Sauvignon 2016
Nez relativement intense, arôme d’orange, passion un peu typé Bergerac. Attaque assez épaisse, mure, assez complexe, assez vive. Bien++/Très Bien (2 points)

IGP Val de Loire, Domaine du Bois Huaud, Sauvignon Gris Cuvée Spéciale 2016
Le domaine offre 3 gammes de Sauvignon gris. Ce vin qui se situe au milieu de la gamme offre un nez assez exotique assez typé sauvignon néozélandais. Bouche mure, fruits cuits, amers intéressants. Agréable. Très Bien/ Très Bien+ (3 points)

IGP Val de Loire, Domaine des Cognettes, Dingue de toi 2015
Nez fermentaire, mur, « bio-peu sulfité ». Bouche très mure étrangement douce, doté d’un bel amer. C’est un vin très agréable, pas très typique (j’aurais pu confondre avec un chenin d’Anjou) mais j’aime bien : cela se siffle très facilement. Très Bien +/Très Bien ++ (12 points)

IGP Val de Loire, Domaine de l’Epinay, Sauvignon gris 2016
Nez de Sauvignon, buis, genêt. Il y a un peu plus de matière que dans d’autres vins mais il reste simplement vif et variétal. Bien + (0 points)

IGP Val de Loire, Domaine du Colombier, Sauvignon gris 2016.
Nez très réduit. Buis, gaz de ville. Bouche vive. Bien (0 points)

IGP Val de Loire, Frères Couillaud/Château de la Ragotière, Collection Privée, SG 2016
Nez assez complexe, fruité, pêche, prune mais encore très fermentaire (bonbon anglais). Mur : très beaux amers, peu d’acidité. Encore très fermentaire en rétro-olfaction… à garder 1-2 ans pour que jeunesse se passe. Très Bien+/Très Bien++ (4 points)

IGP Val de Loire, Domaine de l’Esperance, Sauvignon gris 2016
C’est un vin demi-sec pas très expressif sur des notes classiques (genêt). Doux en bouche… un apéro gentil. Bien. (0 points)

IGP Val de Loire, Eric Chevalier, Fié gris 2015
Farine, vanille, beurre frais (malo ?). la bouche est bizarrement très amère. La bouche a du volume toutefois. Un peu décevant. Bien + (5 points)

IGP Val de Loire , Domaine de la Garnière, Sauvignon gris 2016
De nouveau un Sauvignon gris variétal, buis, vif, on a l’impression d’un peu de sucre résiduel en bouche (8 ? 10 g ?)  Bien.

IGP Val de Loire, Domaine du Grand Fé, Sauvignon gris 2016
Nez assez classique, un peu moins aromatique mais toujours sur des notes variétales. La bouche est très vive. Bien. (6 points)

IGP Val de Loire , Château de la Cormerais Sauvignon gris 2016
Nez intéressant un peu réducteur blédine, fruits murs. Bouche fruitée et bien équilibrée. Bien ++ (0 points)

IGP Val de Loire, Domaine Les Coins, Sauvignon Gris 2016
Nez de Sauvignon, buis, genêt classique. Bouche assez vive. Bien (2 points)

IGP Val de Loire, Bernard Maillard, Sauvignon gris 2016
Nez un peu fermentaire, bouche un sucrée un peu pâteuse. Assez plat, amers notables. Moyen/ Bien (3 points)

IGP Val de Loire, Poiron Dabin, Sauvignon Gris 2015
Vin moelleux. Nez ultra aromatique, fruité arômes de fruits blancs, de Pinot gris (?)… Les frères Poiron s’imposent comme l’Uby des Pays Nantais : je soupçonne des méthodes de vinif un peu australo-gasconnes. Pas mal de sucre ( 50 g ? 60g ?) mais une bouche bien digeste, fluide. C’est plaisant et ça doit plaire. Très Bien. (16 points : vainqueur du collectif ce soir)

3 expressions du Sauvignon Gris en pays nantais diamétralement différentes mais hautement recommandables

 

[i] Pierre Rézeau, Dictionnaire des noms des cépages de France, CNRS Éditions, Paris, 1997, p. 328.
[ii] Henri Galinié, in A la rencontre des cépages modestes et oubliés, Dunod, Paris p. 133.
[iii] Comte Odart, Manuel du vigneron, La maison rustique, Paris 1861, p. 77.
[iv] Ch. Schmutz, Le vin, Librairie Delagrave, Paris, 1936, p. 64.
[v] Henri Galinié, in A la rencontre des cépags modestes et oubliés, Dunod, Paris p. 134.
[vi] Ronsard, Œuvres complètes de Pierre de Ronsard, P. Jannet, Paris, 1857-1867, tome  8, p. 326.
[vii] Maurice Leprince, Raoul Lecoq, Le vignoble orléanais, Jules Loddé, Orléans, Vigot Frères, Paris, 1918, p. 14.

Une réflexion au sujet de « Compte-rendu : le sauvignon gris ou fié gris en pays nantais »

  1. Quelques remarques completementaires :

    – Il nous a été impossible d’identifier les spécificites du sauvignon gris par rapport aux autres sauvignon
    – L’ensemble n’emporte pas les suffrages.
    Dans ce cadre il va etre tres dur pour les vignerons de faire reconnaitre l’interet de ce cepage et de leur travail
    – Certains apprecient toutefois les aromes varietaux et c’est vrai qu’il y a une pression entre « connaisseurs » pour denoncer les gouts « pipi de chat »
    – Il y a des effets de sequence :
    * trop d’aromes varietaux finissent par lasser le palais et les vins aux aromes varietaux ou fermentaires qui viennent en fin de seance sont defavorisés.
    * Idem pour les vins plus murs qui venant apres des vins tres expressifs et tendus apparaissent comme mous ou fluets
    – Les vignerons « reconnus » s’en sortent bien (Perraud, Couillaud, Poiron Dabin). Ils se caracterisent par des jus plus murs et plus complexes ou équilibrés (moins d’acidité). La surprise vient de la bouteille d’Eric Chevalier.

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