Vertivinies ma non Vici…

Voici le compte rendu d’une promenade au salon des Vertivinies : un compte rendu signé Jean-Luc Poignard.

Un après midi c’est trop court !

Enfin se tenait les 11 et 12 mars dernier la 5ème édition des Vertivinies, un salon des vignerons organisé à nos portes par des passionnés du vin, des gens dont la trempe leur interdit de laisser passer une occasion de célébrer les beaux produits œnologiques en notre compagnie.

Mini Salon mais pour un maxi plaisir!

Tout le monde sait que ce n’est pas la quantité mais la qualité qui fait le plaisir. Ainsi pas plus de 20 producteurs, mais issus de choix éclairés et la possibilité offertes aux hommes et aux femmes aux commandes des vignobles de nous faire partager les fruits de leur labeur. Un tour de France rapide des vignobles?

Après midi dominical sous le signe de l’eau, et moi qui attendais un rayon de soleil pour éclairer le fond de mon verre et faire danser les robes! Tant pis je commence par saluer les copains et je me lance vite avec les blancs secs de Vendée. Petite mise en bouche rapide, rien de particulier à dire car je ne fais qu’arriver et mon palais est vierge.

Un premier tour des vignobles trop rapide

Je décide de commencer par les cidres Bretons de Joanna Cécillon qui élabore des jus destinés à un élevage, dans des cuvées élaborées comme des vins. J’ai des a priori mais je n’aime pas rester dans l’inconnu. On m’explique donc, que les notions de parcellaires et de cépages sont remplacées par les différentes variétés de pommes sur des terroirs où Joanna respecte les règles élémentaires de la survie de notre espèce en ne pulvérisant aucun pesticide ni insecticide. Cela commence à m’intéresser. Là bas les pommes sont sélectionnées pour leurs qualités ou complémentarités (acidité, sucrosité, tannins). Et preuve est faite que ça donne un résultat surprenant avec la cuvée Divona qui me séduit par sa longueur en bouche, la complexité du jus et sa délicatesse. Alors pourquoi ne servirai-je pas cette jolie bouteille cet été sur une salade accompagnée de fromage, de noix, de tagliatelles de  légumes et de pommes fraiches coupés en quartiers fins… ?

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Je croise Jean Philippe, mon copain de Générations Vignerons qui me flatte les vins de Paul Kubler «  Tu verras, quand tu veux faire gouter un Riesling à des novices c’est celui là qu’il faut servir, c’est un vin tendu, sec, expressif. Un Riesling quoi !!!» En effet le vin de M. Kubler, la cuvée Breitenberg, est issu d’un très beau terroir alsacien, et le travail de vinification faire ressortir une force de caractère porté par une belle trame acide. Ça vibre dans le flacon !

Mais il n’y a pas que du vin sur les Vertivinies, il y avait aussi Régis qui m’attire avec des effluves de fromages grillés de pain roussi et de petites charcuteries bouillantes. Toast et Moi (c’est le nom de sa structure) nous propose un petit appareil à Tapas ingénieux, et au design agréable pour rendre nos apéritifs au jardin vraiment appétissants. On pose sa petite tartine et on attend que ça chauffe. Sans besoin de la fée électricité on grille les saumon, chorizo, les meilleurs fromages, tomates, champignons les variations se font à l’infini en fonction des goûts de chacun. Un verre de blanc du domaine Cormerais, qui par sa fraîcheur glisse le long de mon palais et s’accorde divinement bien avec les gras des mini tartines.  On cause, on cause mais le temps passe …

Je n’ai pas le temps de faire un passage au stand des chocolats qui me font frémir,  et je sens que je vais être obligé de laisser de côté plusieurs appellations, afin de tracer une route rapide et très personnelle, juste avant que la fin du salon n’arrive.

Le goût des belles choses en Anjou

Il y a des hommes et des femmes qui n’ont plus rien à prouver mais dont les convictions restent tellement fortes que leur vie ressemble à un très beau combat sans relâche. Et on serait prêts à s’enrôler à leurs côtés. C’est le cas des époux Delesvaux, bien que leur domaine  en Anjou cumule les étoiles et les réussites, ils refusent de relâcher leur engagement. Vignerons bio et biodynamiques, ils livrent des cuvées d’exception. Ceux qui ont eu la chance de fréquenter Angers début février savent ce qu’on leur doit. Notamment le magnifique petit salon du Grenier Saint Jean et La Levée de la Loire. Certains vignerons des vignes d’à côté seraient certainement prêts à reproduire la générosité dont ils ont pu profiter après le terrible événement climatique qui a anéanti leur récolte.

Deux vins blancs ressortent pour moi ce jour là : Feuille d’Or 2015, un chenin sec racé et très aromatique que je retiens et la Sélection de Grain Noble 2010 un Coteau du Layon qui fleure bon les arômes de fruits mûrs miellés (abricot, ananas, raisin) tout en restant digeste, long et frais en bouche. Un vrai Dessert Wine comme le goûtent les New Yorkais. Encore une blague avec Philippe, un dernier éclat de rires et je prends congé.

Il est temps pour moi de retourner aux Tapas avant d’attaquer une dégustation des rouges.

Hors du temps

L’ambiance du salon est familiale, bon enfant et respire un art de vivre à la française teinté d’accents Ligérien, il y a cet environnement au cœur du vignoble, au Château de la Frémoire, des bénévoles efficaces se sont mêlés à un public varié d’œnophiles avérés, de cavistes du coin, de restaurateurs et de promeneurs. On ne voit plus le temps passer. On en oublie la pluie à l’abri du barnum en compagnie des affiliés à la confrérie des amoureux du vin.

Une visite Savoyarde

Les vins blancs sont aromatiques mais dans la discrétion, le rouge est une vraie explosion de liqueur de fruits noirs avec une persistance inconnue qui rappellerait des Fleuries de grandes années solaires, mais nous sommes en présence d’une Mondeuse Arbin 2015 du Domaine Céline Jacquet. Cette jeune vigneronne expérimente sur quelques hectares près de Chambéry, avec fougue et toute la sensualité du palais féminin ; elle cherche à élaborer des vins d’infusion plus que d’extraction, avec des notes d’épices.

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Etape en terres Bordelaises

Quand on a la chance d’avoir des Bordelais qui nous rendent visite en terre de Loire, et qui de surplus sont en culture bio  et biodynamique, il ne faut pas s’en détourner bien au contraire ! Car il y a du renouveau en Gironde et ceux là pourraient bien faire partie des chouchous dont nous vénéreront les bouteilles dans quelques années. Ainsi, les cuvées du Domaine de Fougeroux sur des millésimes un peu anciens (2010 ou 2011) sont déjà des guerriers solides, bâtis pour la garde et qui sauront nous régaler dans quelques lustres. Bruno Richard, adepte du labour et du labeur acharné, sachant préserver l’intégrité de ses ceps de vigne, est un vigneron pointu, passionné et de caractère, qui sait défendre des valeurs engagées. Ses vins sont résolument expressifs.

Du Château le Geai, le Bordeaux Supérieur Cuvée Tradition 1900 en 2009 est un concentré du savoir des vignerons assembleurs. Henri Duporge nous propose avec son merlot, son cabernet sauvignon et sa pointe de carménère un vin nous offrant une bouche profonde, suave et fruitée, enveloppante mais qui sait rester digeste. Un très bel équilibre qui se boit dès aujourd’hui facilement sur un onglet grillé, ou encore ce mystérieux rôti de bœuf à la braise qu’Henri nous propose.

Je file vers le sud 

Je monte en puissance en allant m’attarder devant des Côtes du Rhône Villages Sablet de chez Fréderic Meffre qui produit des vins séveux, puissants à la trame longue, animale et épicée mais que je trouve encore frais. Car à chaque vin il faut un plat qui lui rende hommage. Je flaire déjà cet agneau de Pâques, grillé et accompagné des pommes de terre de Noirmoutier avec un verre de la cuvée Vieilles vignes 2014. Le vin fait rêver, pas de doute là-dessus et celui du Domaine de la Fontaine aux Fées me conte bien des histoires.

Mais j’entends déjà les vignerons qui referment leurs cartons s’apprêtant à retourner dans leurs domaines auprès de leurs vignes. L’après midi est passée. Mon tour de France des vignerons s’achève sur une frustration que je connais bien, celle de devoir attendre Les Vertivinies 2018 pour  essayer de finir ma balade une étape plus loin. Car je suis venu, j’ai vu mais je n’ai pas vaincu…

Article rédigé par : Jean-Luc Poignard.

Crédit Photo : Olivier Blaiteau.

Une réflexion au sujet de « Vertivinies ma non Vici… »

  1. Comme jEan-Luc, j’ai été vraiment séduit par la Mondeuse Arbin de Céline Jacquet. Un fruit très pur, une belle tension et une grande élégance caractérisent ce vin qui’il faudra savoir attendre encore un peu, mais qui est déjà terriblement prometteur.

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