Compte-rendu : le futur cru Château-Thébaud en Muscadet Chap. 2

La démarche de cru communal Château Thébaud.
Il faut bien trouver un petit vecteur de communication fût il grégaire à travers ce blog pour expliquer la démarche du cru communal Château Thébaud.
D’abord, en premier lieu, la commune de Château Thébaud, un bout de celle de Monnières et un bout de celle de Vertou sont marqués par une unité géologique singulière que les géologues nomment granodiorite. C’est quoi donc ce machin… et bien c’est un caillou à mi chemin entre le granit et le gneiss. C’est un granit qui commence à peine à se métamorphiser. Il n’existe pas ailleurs ce type de caillou dans le vignoble nantais. En termes de sols, le granodiorite produit des sols plutôt sableux mais assez profonds et plutôt fertiles. Ce qui a conduit les vignerons de Château Thébaud à sélectionner des parcelles dans les coteaux assez précoces… (On vendange sur ces terrains près d’une semaine avant les proches terrains de granits du cru Clisson) donc faiblement argileux proches de la vallée de Maine car ils se sont vite aperçus de la qualité des terrains de ces zones moins profondes.

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(Carte identifiant grossièrement les coteaux surplombant la Maine pour la démarche de cru communal Château Thébaud – INAO à partir de l’IGN)

On voit bien sur la carte ci-dessus, les différentes zones identifiées pour la réalisation d’un cru communal : on distingue une série de coteaux surplombant la Maine. Au centre de cette série de coteaux, un plateau limoneux impropre à la production de vins de garde ; La zone du cru Château Thébaud est délimité au sud par une faille géologique du sillon de Bretagne très visible qui délimite le granit du granodiorite et au Nord la zone est délimitée par la Maine. La délimitation par la Maine conduit à des approximations géologiques puisqu’il existe sur la zone de château Thébaud une poche de Gneiss en face de Saint Fiacre. Etrangement, sur ce sol plus pauvre, les vignerons ont plutôt planté du gros plant pour en réduire la vigueur (alors qu’ailleurs, le gros plant cépage secondaire était planté dans les moins bons terrains). Elle ne devrait pas être concernée par la démarche de cru. Au Nord Ouest, la zone de granodiorite est également traversée par des lentilles de roches vertes (Amphibolite). Ce qui complexifie la lisibilité de la zone destinée aux crus.

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Sur la falaise de Pont Caffino, falaise issue d’une ancienne carrière, on distingue nettement des traces vertes d’amphibolite insérés dans le granodiorite. Sur le haut de Pont Caffino, la vigne… il n’y a pas lourd d’épaisseur de terre.

C’est uniquement à partir de 2006 que les vignerons de Château-Thébaud se sont rassemblés en une association pour valoriser leur cru. Pourtant Jérémie et Yves Huchet à la Chauvinière ont depuis 1990 voulu faire ressortir une typicité « granit de Château Thébaud » sur leurs étiquettes. Château Thébaud est aussi une commune un peu singulière dans sa commercialisation de vins… et l’INAO est aussi attentive à cette singularité pour faire ressortir une typicité puisqu’elle n’est pas qu’issue du terroir mais doit être aussi portée par les savoir faire. Or commercialement parlant, Château Thébaud est composée de gros domaines disposant de larges surfaces et favorisant depuis longtemps la commercialisation en vente direct. Historiquement Château Thébaud est aussi reliée au commerce sur la Loire grâce à la chaussée des Moines de Vertou qui depuis le XIe siècle permet à la Maine d’être navigable jusqu’à l’écluse de Pont Caffino.

 

Suite à la présentation de la démarche de ce cru communal à Vertivin, s’en est suivi d’un débat sur la necessité de produire de nouvelles AOC dans un paysage d’AOC françaises déjà complexes. Qu’il y ait une typicité des crus communaux du Muscadet c’est vraisemblable… la dégustation étatn plutôt convainquante sur ce point. Toutefois il est indéniable que nous sommes dans le domaine de la subtilité… et au final guère plus d’une dizaine de dégustateurs, techniciens agricoles ou œnologues mordus de Muscadet en France peuvent sans doute distinguer les différents crus en bouteille. Faut-il, doit-on, faire des AOC communales et multiplier des AOC déjà illisibles… On ne connaît déjà pas Saint Pantaléon Les Vignes, ce fameux cru communal des Côtes du Rhône, à quoi cela sert-il d’en rajouter ? A cela, un vigneron comme Jérémie Huchet répondra : « c’est pour nous, vignerons que nous faisons cela : c’est la reconnaissance de notre travail d’adéquation entre un terroir, un cépage et un usage. » Il me semble en effet qu’il faille distinguer la minutie d’un travail d’adéquation qu’il est necessaire de reconnaître et la lecture que peut en faire le consommateur… Il y a autant d’AOC en Italie qu’en France voire plus. Les Italiens ne les connaîtront pas toutes pas plus que nous. Ce qui est important c’est de reconnaître une réelle hiérarchie des appellations en fonction du travail effectué par les vignerons. Le consommateur ne retiendra jamais 360 AOC mais il retiendra 3 ou 4 catégories d’AOC. A l’Etat d’avoir le courage politique pour distinguer les différentes catégories d’AOC selon la minutie de travail

d’adéquation entre un terroir, un cépage, un rendement, un usage au chai. Et tant pis si ça fait mal à Saint Emillion ou en Champagne. L’information du consommateur est sans doute à ce prix.

2 réflexions sur « Compte-rendu : le futur cru Château-Thébaud en Muscadet Chap. 2 »

  1. Merci pour ces pistes de reflexions complémentaires a celles des 5 du vin.

    “C’est pour nous” est il un bon argument face au besoin de reconnaissance du grand public ou du besoin marketing ? Que pensera/saura le consommateur américain du Ch. Thebaud ?

    Cru classé, grand cru, 1er cru…ca je comprends

  2. Le consommateur américain… c’est celui qui m’inquiète le moins à vrai dire. On trouve bien dans des bars à vins de New York la carte des parcelles Smaragd de la vallée du Wachau… Smaragd, Federspiel, Steinfeder… c’est aussi illisible que nos AOC.

    Pourtant c’est bien de cela qu’il s’agit… Grand Cru – Premier Cru, Commune, Zone, et Région… c’est juste cette hiérarchie d’appellation qu’il faut faire connaître pour que le consommateur s’y retrouve… et que chaque niveau corresponde à un degré minimum de contrainte : pédologie, rendement, adéquation d’un cépage à un terrain, du plus contraignant au moins contraignant.

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